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Cornélius vous parle en long, en large, à tort et à travers. Le blog des Éditions Cornélius, maison d'édition française créée en 1991 et spécialisée dans la BD.    News / Actualités.

Pepito 2 - La préface

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Pepito 2 - La préface

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Fascicule Smart Monkey

Pour accompagner la sortie de la nouvelle édition de Smart Monkey de Winshluss, nous avons réalisé un fascicule de 16 pages qui contient la toute première version de cette histoire ...

Planning Angoulême 2017

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Bonjour à tous! Un grand bravo à notre gagnante du concours de la plus belle Nicole: Lucie Dartois allias Valse Noire! Et un grand merci à tous les participants! Découvrez tous les ...

Concours de la plus belle Nicole

Hola les grouikos! C'est Nicole, votre bonne vieille copine! Parce que je suis géniale et généreuse, je vous offre la possibilité de gagner un exemplaire du dernier tome de Nicole (et ...

Planning Angoulême 2016

Jeudi 28 janvier 14H: Concert dessiné au théâtre avec Hugues Micol, Zeina Abirached, Alfred, Benjamin Bachelier, Richard Guerineau, Marcello Quintanilha, Dash Shaw et Bastien Vivès. ...

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Ce week-end, ne ratez pas le festival Vendetta à Marseille, organisé par Le Dernier Cri, actuellement menacé par les blaireaux bruns de la région PACA. Le détail est ici. ...

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Preteseille chez Mollat

Ce samedi 5 janvier à partir de 16 heures à la librairie Mollat de Bordeaux, Benoît Preteseille viendra dédicacer ses ouvrages à l'occasion de l'exposition consacrée à sa maison ...

Dédicaces de Benoît Preteseille

Suite à la récente sortie de la bande dessinée Histoire de l'art macaque, son auteur, Benoît Preteseille, part pour une grande tournée de dédicaces. Et il ne fait pas les choses à ...

Pour ceux qui ont lu Pepito dans leur enfance, il est impossible d’oublier le royaume géométrique de Las Ananas et son équipe de corsaires plus prompts à se saoûler qu’à lutter contre l’oppresseur, sa Ventripotence Hernandez de la Banane. Pour ma part, j’ai découvert cette série merveilleuse assez tardivement, dans ma vingtaine, lorsque j’ai commencé à m’intéresser aux « petits formats » qu’on m’interdisait implicitement lorsque j’étais enfant. Je voyais bien passer les Tartine et les Zembla entre les mains de mes cousins ou dans la cour de récréation, mais ces fascicules crapoteux restaient pour mes parents des lectures moins acceptables que Pif, Spirou ou même Fluide Glacial. Ce n’est donc que des années plus tard que j’ai pu lire enfin les aventures du petit corsaire, en me désolant que le métier ait laissé tomber dans l’oubli un personnage aussi savoureux. Un recueil était bien paru en 1982 chez Futuropolis – dégoté chez un soldeur, ce fût ma porte d’entrée dans l’univers de Bottaro – mais il était passé inaperçu et n’avait pas incité l’éditeur à poursuivre sur sa lancée. Treize ans plus tard, Vents d’Ouest connut à son tour l’échec avec une compilation qui manquait de densité. Aucun éditeur d’envergure (1) ne daigna ensuite se pencher sur cet auteur majeur de la bande dessinée populaire. C’est d’autant plus regrettable qu’il y avait quantité d’autres séries de Bottaro qui méritaient au moins autant que Pepito d’être republiées, comme Baldo ou Whisky & Gogo.

En 1999, à l’occasion d’un été passé en Italie, je pris contact avec Bottaro. J’étais devenu entretemps éditeur et c’est avec une grande surprise que je trouvais dans l’annuaire le numéro de celui qui était devenu une source d’inspiration majeure pour les couvertures de Cornélius. Il accepta très gentiment de me rencontrer et j’entrepris le périple qui mène de Bologne à Rapallo, cette petite ville balnéaire de la côte génoise où il était né en 1931 et où il passa toute sa vie (2). Le lendemain, je sonnais à sa porte ; il m’attendait. Il avait sorti de ses tiroirs quantité de documents en prévision de ma visite. Mais à ma grande surprise, il s’agissait de pages originales d’autres auteurs que lui-même, américains pour la plupart. La discussion s’engagea ainsi sur notre passion commune pour la bande dessinée.

Il me consacra toute une après-midi, répondant en détail à mes questions et me décrivant une vie de travail jalonnée par l’amour du métier… et par l’ingratitude et les trahisons de ses éditeurs successifs. Malgré les injustices flagrantes dont il avait été la victime, sa conversation ne s’égara jamais dans les récriminations ou dans l’aigreur, et ce regard poli, presque fataliste, qu’il portait sur sa propre carrière m’avait saisi et profondément troublé. J’étais ressorti de son appartement ébranlé par la description qu’il m’avait faite d’une condition qu’on a peine à imaginer, aujourd’hui que la bande dessinée a gagné en considération et que ceux qui la font sont reconnus comme des artistes à part entière. Je me rappelle que j’étais comme sonné, hagard, et que je m’étais assis sur la plage au milieu des baigneurs tardifs, incapable de profiter du soleil et de la langueur de cette Italie familiale et populaire ; incapable de m’extraire de ce récit riche d’anecdotes et de détails tragiques sur les coulisses d’une œuvre infiniment attachante. Je voulais imprimer en moi tous les détails de cette rencontre.

Créateur génial et farfelu, Bottaro a réalisé, seul ou en collaboration, près de 20 000 pages au cours de sa carrière, essentiellement pour la société française Sagédition (3) et pour la branche italienne de Disney, détenue par la Mondadori (l’équivalent italien de Hachette). Pressé de produire par des éditeurs avides de rendement et avares de reconnaissance, il avait sacrifié son existence à alimenter la machine, travaillant « au prix du marché ». Pour tenir le rythme et éviter que la Sagédition ne recrute de médiocres tâcherons pour animer son personnage (ce qui n’était pas rare), Bottaro avait fait appel aux auteurs installés dans la région (4), notamment Giorgio Rebuffi et Carlo Chendi (5). Il parlait de cette équipe et de ces moments de fraternité avec nostalgie, ne déplorant qu’incidemment ne pas avoir eu assez de temps pour aller à la plage. Bien sûr, les choses auraient été très différentes s’il avait perçu des droits d’auteurs… Mais cela n’arriva jamais. Pire, la Sagédition avait pillé ses idées et revendu ses personnages sans son accord, multipliant les éditions “pirates” à l’étranger – il me montra quelques-unes de ces contrefaçons qu’il possédait dans sa bibliothèque. Le même éditeur n’hésita pas non plus à céder les droits d’utilisation publicitaire de Pepito au fabricant de biscuits Belin, qui lança sous la marque Lu le célèbre biscuit – transformant au passage le corsaire subversif en mexicain falot – sans que Bottaro y trouve un quelconque profit.

Il faut l’admettre : le statut des auteurs était à cette époque un rêve fantaisiste que bien peu étaient en mesure de défendre, comme l’expérimenta René Goscinny à ses dépends (6) et leur travail n’était pas plus considéré que celui des ouvriers spécialisés. Inutile de dire que personne ne jugeait utile de leur restituer leurs planches originales… C’est d’ailleurs pour avoir réclamé qu’on lui rende une partie de son travail sur Donald que Bottaro, cet homme modeste et scrupuleux, aura connu l’humiliation d’être blacklisté par la Mondadori, scandalisée qu’un dessinateur puisse faire preuve d’une telle audace. La même Mondadori n’hésita pourtant pas quelques années plus tard à faire jeter dans une décharge des milliers de planches originales assemblées en bottes grossières lorsqu’elle dut faire de la place dans ses entrepôts. Prévenu de l’opération par un ami, Bottaro arriva sur place pour voir des marchands se disputer ses originaux et s’enfuir avec ce qui était sauvable – dans sa grande mesquinerie, l’éditeur avait fait répandre un liquide noirâtre sur les bottes de planches originales. Le marchand le plus chanceux réalisa un bon profit en revendant dans sa boutique le fruit de son larcin aux amateurs, n’hésitant pas à troquer avec Bottaro quelques-unes de ses propres pages contre des originaux de sa collection américaine.

Ce récit, que je conserve précisément en mémoire, est édifiant sur les conditions ignobles dans lesquelles quelques-uns des plus extraordinaires créateurs de bande dessinée ont été maintenus et malgré lesquelles, on ne sait par quelle force, ils ont su trouver la ressource d’inventer et de faire œuvre personnelle. Les témoignages de grands mangakas ne diffèrent pas de celui de Bottaro, et Harvey Kurtzman (7), que j’ai pu interroger sur son parcours légendaire, avait rassasié ma curiosité par une série d’anecdotes toutes plus abominables les unes que les autres, qui avaient en commun de le montrer, là encore, se faisant déposséder par ses éditeurs de ses droits, de ses idées et de ses originaux – le sommet de l’horreur étant une séance de vente aux enchères au cours de laquelle Kurtzman, plombé par les frais médicaux, vit la mythique couverture qu’il avait dessinée pour le premier numéro de Mad vendue par Bill Gaines, son ancien éditeur, pour plusieurs dizaines de milliers de dollars…

Après cette entrevue avec Luciano Bottaro, je cherchais un temps à intéresser de « gros éditeurs » à la réédition de Pepito, conscient que Cornélius n’avait pas à l’époque la capacité de défendre correctement ce genre de projet. Mais, lassé d’attendre que l’un ou l’autre se décide, je finis par comprendre qu’il fallait que je m’attèle moi-même à cette tâche. Je repris contact avec Bottaro qui, au cours de nos nombreuses discussions téléphoniques, se révéla invariablement charmant. Au détour d’un appel, il m’apprit qu’il était malade. Et pire (sic), qu’il était harcelé par les avocats de Danone (repreneurs de Belin) qui estimaient légitime de lui interdire l’usage du nom Pepito ! Pourtant, il restait toujours aussi enthousiaste dès qu’il s’agissait d’envisager l’avenir. Au fil des appels téléphoniques, je perçus que sa situation était plus grave qu’il ne voulait l’avouer. La pudeur le partageant à l’optimisme, il faisait en sorte de parler d’autre chose et continuait d’évoquer de nouvelles idées d’histoires. Je ne le cache pas, ces coups de fil me crevaient le cœur. Mais j’avais l’espoir que j’aurais le temps d’offrir à cet artiste que j’admirais tant une édition qui lui fasse honneur. Luciano Bottaro est mort le 25 novembre 2006, sans que ce vœu soit exaucé.

Je regrette d’offrir en guise d’introduction à ce livre joyeux et fantasque des anecdotes déplaisantes qui retranscrivent la réalité sordide d’un métier qui était alors dépourvu de règles. Mais j’ai la sensation que révéler le contexte dans lequel cette œuvre délicieuse a vu le jour ne la rend que plus admirable.



Jean-Louis Gauthey



(1) Roland Jouve, un passionné de la première heure, tenta de réparer cette injustice avec un volume des Post-historiques en 2005 et un album de Pepito en 2006.

(2) Pour en apprendre plus, on se reportera à l’excellent Bottaro, le maestro, d’Évariste Blanchet et Pierre-Marie Jamet, publié par Bananas en 2008 à l’occasion de l’exposition consacrée par la Cité de la Bande Dessinée et de l’Image à l’œuvre de Luciano Bottaro.

(3) L’éditeur Alpe, pour lequel il avait créé Pepito en 1952, vendit sans son accord les droits du personnage à la société S.A.G.E, qui deviendra par la suite Sagédition.

(4) On parlera par la suite de « l’école de Rapallo ».

(5) Carlo Chendi (1933) est l’un des plus grands et des plus prolifiques scénaristes italiens. Giorgio Rebuffi (1928 - 2014) est l’auteur, entre autre, d’Elastoc et de Pipo et Concombre, deux séries loufoques et survitaminées. Bottaro créera avec eux le studio Bierreci (de leurs trois initiales) en 1968.

(6) En 1956, René Goscinny, Jean-Michel Charlier et Albert Uderzo tentent de monter un syndicat au sein de la World Press, agence de presse qui les emploie, afin que la propriété de leur œuvre cesse d’être annexée par leurs éditeurs. Suspecté d’être l’initiateur de cette démarche, Goscinny est licencié. Charlier, Uderzo et Jean Hébrard le suivent par solidarité et ils fondent ensemble la société Edipress/Edifrance.

(7) Harvey Kurtzman (1924 - 1993) est l’un des auteurs américains les plus influents de sa génération, créateur, entre autres, du magazine Mad et du personnage de Little Annie Fanny pour Playboy.



Commentaires

11 sept. 2017 10:26

Merveilleuse préface, riche et pourtant tellement consternante et mélancolique... Heureusement compensée par la parution (tant espérée) de ce tome 2 à venir qui répare toute cette injustice causée à l'auteur...

Gilles

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