raoul Charles Berberian est un chic type. D’abord, il dessine super bien, et en plus ses histoires sont rondement bien ficelées. Alors, l’année dernière, je lui ai demandé s’il avait pas sous le coude quelque chose pour moi. Il m’a regardé en souriant et m’a amené ses carnets. On a bien bossé et on en a fait Sacha, orange et doux-amer comme je les aime. Le premier qui me dit en ricanant : "c’est un tic-tac ou quoi ?" se mange une mandale. Faut pas déconner, non plus.

Charles Berberian naît en 1959 à Bagdad. Après avoir suivi les cours de l'Atelier Leconte, il commence à placer des dessins pour se payer des disques. En 1983, sa rencontre avec Philippe Dupuy donne naissance à Dupuy-Berberian, mystérieuse entité qui bouscule les règles et les genres de la bande dessinée pour créer, de Petit Peintre à Monsieur Jean, une œuvre à quatre mains particulièrement riche et originale. Le duo explore dès lors tous les supports : album, illustration, affiche de films, publicité, presse, pochette de disque. En 2008, le festival d'Angoulême a la riche idée de leur décerner le Grand Prix. En solo, Charles Berberian sait mettre tout son talent au service d’une description sensible des gestes fragiles et éphémères de cette vie que nous nommons quotidienne, et qui est la seule que nous ayons.

En 1977, la sonde Voyager emporte dans l’espace un enregistrement des bruits de la Terre. On y entend la pluie et les oiseaux, Beethoven et Chuck Berry, mais aussi les battements du cœur d’une jeune femme, Ann Druyan.
Sacha rassemble quelques spécimens de notre zoo sublunaire : un matou massacré, un monstre bien vivant, un moineau moraliste, un musicologue misanthrope, une mère et son marmot, un miséreux qui rêve du musée Grévin. Le tourbillon de la vie les entraîne au fond et certains se laissent couler.

Mais, il n’est d’existence si médiocre qu’elle ne puisse être rachetée. Il suffit pour cela de savoir écouter le monde. Comme un bruit ou un silence n’existent que si quelqu’un les entend, nos vies n’ont de sens que par et pour les autres.
Charles Berberian regarde son époque avec autant d’empathie que de lucidité. S’il décrit un univers d’une noirceur quotidienne, dominé par l’indifférence et la cupidité, la violence et l’égoïsme, il refuse de désespérer de l’homme : d’ici 40.000 ans Ann Druyan sera morte depuis longtemps, mais son coeur n’en continuera pas moins de battre à travers le cosmos.

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