pierreIl y a des bouquins qui vous tapent dans l’oeil comme dans la tête, L’Enfer de Tatsumi est de ceux-là. Âmes sensibles, passez votre chemin. Vous ne serez pas épargnés. Vous ne pourrez pas vous en éloigner. Vous ne pourrez plus l’oublier. Il ne vous reste plus qu’à vous rendre chez chez nos amis libraires, puisqu’il est disponible depuis le 24 août.



Yoshihiro Tatsumi n’est pas un inconnu. Il a été l’un des premiers mangakas publiés en France, d’abord dans la mythique revue Le Cri qui tue à la fin des années 70, puis chez Artefact dès 1983 avec le recueil Hiroshima et enfin chez Vertige Graphic (Coups d’éclat en 2003, Les Larmes de la bête en 2004 et Good bye en 2005). Adrian Tomine, fan de l’oeuvre de l’inventeur du gekiga (de "geki" = drame et "ga" = dessin, courant réaliste visant un public adulte en privilégiant la dimension psychologique des personnages), avait même préfacé Coups d’éclat en 2003. Un hommage à ces histoires fortes de leur réalisme, leur sexualité, leur manière d’éviter les fins habituellement nettes et heureuses, ainsi que leur vision sombre et pourtant si compréhensive de l’humanité, et à l’impact qu’elles ont eu sur ses propres oeuvres telles que Blonde platine. Il est à parier que des chefs-d’oeuvre comme Gen d’Hiroshima auraient eu du mal à exister si des auteurs tels que Tatsumi n’avaient pas défriché le terrain. Encore en activité aujourd’hui, il continue à bousculer notre monde et se consacre depuis 1995 à une oeuvre autobiographique sur les origines du gekiga.





Tatsumi décrit comme Balzac les infirmités du corps et de l’âme, la peur et la laideur humaine. Employés, ouvriers, étudiants, écoliers ou putains, ses personnages mènent des vies machinales, tourmentées par les frustrations sexuelles et sociales, hantées par l’angoisse existentielle. C’est le drame quotidien et banal de ces marginaux que raconte sa comédie humaine. Le Japon contemporain rassemble tous les cercles de L’Enfer. Hommes et femmes y tournent en rond, vaincus et fatigués, désespérés et solitaires. Plus grande est la foule, plus grande est la solitude. S’il ne cède jamais au sentimentalisme, il montre une empathie profonde pour les égarés et les perdants que la société abandonne dans son sillage. Nos aînés, écrit-il, nous avaient enseigné que la bd était comique. Il s’agissait de faire rire les lecteurs. Nous ne voulions plus de cela. Difficile pourtant de ne pas rire parfois à ses histoires, pour se libérer d’une poigne qui vous prend aux tripes et ne vous lâche pas avant longtemps…

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