Nous l'avons dit, répété, Mes problèmes avec les femmes, le nouvel opus de notre anthologie Robert Crumb a bénéficié pour une large part de notre quête d'originaux et, pour les pages perdues, de longues séances de restauration. Mais où sont les preuves de ce travail? Car après tout, même s'il suffit souvent d'affirmer les choses pour être cru (notre ami Michel-Éd Leclerc l'a bien compris puisqu'il est parvenu en une phrase à faire croire à tout le monde qu'il avait appris de la bouche de son concurrent de la FNAC qu'il n'était plus le sponsor du festival d'Angoulême et qu'il avait été trahi et que c'est dégueulasse parce qu'on lui dit jamais rien, bouhouhou), car après tout, disais-je, rien ne vaut les faits. Voici donc un exemple de détramage réalisé sur une page particulièrement problématique de Memories are made of this.
Tout d'abord, il faut savoir que la dernière page de cette histoire fut mise en couleur (contrairement aux trois qui la précédaient) lorsqu'elle fut publiée dans Weirdo, cette dernière page occupant la quatrième de couverture de la revue, traditionnellement en couleur. La logique aurait voulu qu'elle soit reproduite en volume par la suite dans sa version noir et blanc, comme les autres pages de l'histoire. Mais les originaux ayant été perdus entre temps, les éditions ultérieures la présentèrent systématiquement dans une version noir et blanc tirée de la version couleur de la revue. C'est à dire en gris (vous suivez?). Exemples:


La version couleur


La même chose en gris

Tout le monde peut voir que l'ensemble parait écrasé, les différents gris se mélant pour rendre le dessin moins lisible. Par ailleurs, de nombreux défauts étaient présents dès l'origine dans la version couleur, Crumb ayant choisi de travailler sur photocopie, technologie qui ne donnait pas à l'époque de résultats aussi précis qu'aujourd'hui. D'où un trait noir incertain, percé dans toute sa surface de nombreux points blancs (ce défaut se voit moins ici du fait de la faible résolution des images acceptées par le blog). Le tracé des couleurs, enfin, n'était pas précis, défaut accentué par une impression assez moyenne. Exemples:


Les mites sont passées par là, on dirait…


Ça décale, ça décale!

On comprend donc que les éditions Albin Michel n'aient pu proposer mieux que la version présentée ci-dessous, les techniques de photogravure de l'époque aggravant les problèmes montrés plus haut:


C'est pas un peu bouché, là?

L'essentiel du travail, dans un premier temps, est donc d'effacer les couleurs, opération largement facilitée par les outils informatiques. Mais même le logiciel le plus performant ne peut effacer tous les points de trames nichés entre les croisillons du dessin, ni remplir les trous perçant le trait noir:


Ha ben oui, c'est tout sale.


Des petits trous, des petits trous, encore des petits trous…

À ce stade du travail, c'est donc l'huile de coude qui est sollicitée pour aboutir au résultat que vous pourrez scruter à la loupe dans le livre, et dont voici quelques détails ci-dessous:





Autre amélioration notable par rapport à la version d'Albin Michel (dont je rappelle que le sommaire diffère de Mes problèmes avec les femmes, plus copieux), les originaux auxquels nous avons eu accès, qui nous ont permis d'offrir une meilleure définition générale. Exemple ici, sur les ombres des personnages:


Faut croire qu'ils sont partis de l'édition espagnole…


Autre comparatif intéressant maintenant, les… Quoi? Mais… Vous piquez du nez, là-bas, au fond! Puisque c'est comme ça, j'arrête! Grmml, faut le dire si je suis barbant…!