Pour faire suite au billet sur Chronic'art en ne quittant pas le monde merveilleux de la presse française, je voudrais vous parler de l'article que le magazine Elle vient de consacrer à Ice Haven, de Daniel Clowes, sous la plume de Christophe Ono-Dit-Biot. Ne perdez pas votre temps à me rappeler qu'il est vulgaire de se gargariser en public de ses succès, car je n'ai choisi de commenter ce texte élogieux que pour vous dire la consternation que sa lecture m'a inspiré.
Vous allez me dire que je crache dans la soupe. Oui, c'est vrai. Mais j'ai bien le droit de faire ce que je veux de la nourriture qu'on me sert. Et puis jugez plutôt sur pièce: sous le titre "CLOWES DE CONSCIENCE" (je croyais qu'on avait dit qu'on arrêtait les calembours pourris pendant l'agonie de Libé!), on y apprend que s'il faut lire Daniel Clowes, ce n'est ni pour son style affûté, ni pour son art si particulier de la narration, ni même pour sa contribution majeure à la bande dessinée... Non s'il faut lire Clowes, c'est parce qu'il est CULTE!. S'ensuit un pénible et laborieux exercice de "name dropping" fourre-tout (Bret Easton Ellis l'adore, il a fait des pochettes pour le label de Nirvana, Michel Gondry le veut pour son prochain film, Gus Van Sant, Scarlett Johansson, Art Spiegelman... Houlala, arrête Christophe, j'en peux plus, c'est trop bon!). Au cours de cette litanie vide de la moindre réflexion (sans parler du fait que ces infos ainsi que certaines formules sont reprises d'un article autrement plus sérieux paru dans... Chronic'art!), on apprend tout de même que "le roman graphique, c'est la BD mais en plus chic", que "Clowes change de style comme de crayon" et que "les faits divers glauques à base d'adolescents, on sait depuis Elephant que c'est culte". Ce résumé est un peu réducteur, certes, mais retranscrire l'article m'est apparu presque plus cruel que le récit que je viens d'en faire. Et comme Christophe m'a l'air d'être un garçon tout ce qu'il y a de plus sympathique, je ne vois aucune raison de l'accabler (à part peut-être le plaisir qu'il y a à "critiquer le critique"? Naaan, aucun danger, y'a pas de critique en vue! Ahaha!)
Alors évidemment, on me rétorquera que c'est Elle, que c'est comme ça, et Christophe lui-même pourrait probablement embrayer sur le credo si souvent développé par les journalistes du "je ne peux pas faire ce que je veux, les lecteurs sont pas assez intelligents, blablabla". Cette thèse, je l'entends depuis longtemps, et il m'apparaît de plus en plus problématique qu'autant de journalistes en France soient empêchés de faire leur travail par leurs lecteurs! On peut d'ailleurs légitimement se poser la question de savoir ce que font les pouvoirs publics face à un tel fléau! Ne serait-il pas urgent que les salles de rédactions soient interdites d'accès à ces lecteurs sous-éduqués qui brident par leurs interventions inopportunes la liberté critique et le sens journalistique? Vite, une pétition!